Bibliothèque mécanique
J'ai vécu un épisode étonnant dans cette ville de P. où je viens d'arriver. En général, les premiers endroits que je repère en ville (excepté l'Université, la gare et les magasins d'alimentation) sont les bibliothèques et les librairies. Depuis toute petite, j'éprouve une véritable passion pour les livres et je ne peux m'empêcher d'en acheter. Je crois bien que c'est à la limite d'être une maladie, mais c'est tellement bon de toucher un livre neuf, de sentir son odeur et le papier grincer sous mes doigts, que je ne peux m'en empêcher. En général ce sont des romans, cependant j'apprécie aussi les livres historiques et - depuis peu - les mangas. D'ailleurs selon moi le Paradis, c'est la fnac de Nantes avec tous ses rayonnages, ses éditions différentes, son foisonnement d'auteurs, ...
Donc, lors de mon premier jours de cours, je me suis inscrite à la bibliothèque universitaire of course, mais aussi à la bibliothèque municipale. Je me suis empressée d'emprunter des livres et des DVD (une innovation vraiment très pratique de ces dernières années). La semaine suivante, je les ramènes. La personne s'occupant des retours étant occupée, j'ai fait comme j'en ai l'habitude dans les bibliothèque que j'ai fréquenté : je les ai déposé devant elle. Je fais demi-tour pour aller en quête d'autres livre quand j'entends une voix derrière moi. C'est la jeune femme des retours qui m'interpelle : « nous ne sommes pas des machines ». Ce qui en l'occurrence signifie que quand j'ai des livres à rendre, je dois le faire en main propre ; si ce sont des DVD, je dois attendre en plus le temps que la personne vérifie que le disque est bien là et me dise « c'est bon ».
Cette simple phrase m'a fortement perturbée. A chaque fois que j'y vais-je dis bonjour, merci et au revoir ; quand j'ai une demande à faire, je la fais poliment (ce qui a mon sens est normal quand on est en position de requéreur) et si possible avec le sourire. Et quand ils ne répondent pas ou que leur visage semble figé dans de la pierre avec un sourire inversé, je ne fais pas de réflexion désagréable. Est-ce un tort ? Y a-t-il que moi que cela étonne cette manière de faire ? Se peut-il qu'à chaque fois où j'ai déposé les livres à rendre sans les donner en main propre au bibliothécaire mais en lui disant bonjour, je l'ai considéré comme étant une machine ? Et tous ceux qui n'exigent pas que leurs adhérents attendent, se considèrent-ils comme des machines ? Je comprends qu'ils préfèrent vérifier pour les DVD, même s'il est aisé avec les cartes informatisées de savoir à qui imputer la disparition d'un disque. Mais les livres ? Ont-ils dans cette ville un tel besoin de reconnaissance qu'ils exigent ce contact direct ? Est-ce une amélioration pour la fonction de bibliothécaire ou un archaïsme ? Je reste perplexe.